« Vous savez, ça fait un bon mois que je n’arrive pas à me mettre debout… et j’ai toujours eu la tête tournée vers vous qui passez et repassez devant ma fenêtre… vous avez l’air si actif que j’ai ressenti le besoin de vous rencontrer… pour en venir directement à notre amitié, moi qui ai ce pouvoir de ne rien faire, je pourrais simplement vous regarder courir, et vous soutenir, vous applaudir parfois, car j’admire ce pouvoir de bouger tout le temps… pour moi, c’est quelque chose de merveilleux… c’est peut-être sous la pression de vos pas que la terre tourne… qui sait ?… moi, je ne peux qu’observer, et c’est dans ma tête que ça tourne… comme mon corps ne peut que rarement atteindre celui des autres, j’étire mes pensées, je les allonge le plus possible pour vous rejoindre tous et vous ramener à moi… de temps en temps je me lève, je passe le test comme chez vous, et je m’en retourne penaud… les gens sont si légers, vous comprenez, ils courent et ils dansent tellement vite qu’ils ne veulent pas s’encombrer d’un corps lourd… et vous comprenez bien que je ne veux encombrer personne… si tout le monde se traînait une charge comme moi, je n’aurais plus rien à observer, vous voyez ?… Mais moi ce que je peux vous apporter c’est un œil bienveillant… je pourrai vous dire Aujourd’hui, tu as couru comme ci, tu as couru comme ça… ce qui vous permettra de vérifier vos intentions… je veux dire, si vous avez couru en respectant vos intentions de départ… moi, je me posterai juste en observateur, et vous pourrez vous corriger vous-même sans ne rien me dire… parce que moi, comprenez-moi bien, je ne porte pas de jugement, j’observe et je rapporte, c’est tout… le jugement, c’est pas mon truc… vous me direz qu’il faut bien juger les criminels… certes… mais je ne peux m’empêcher de me dire que le meurtre est une sorte de suicide par projection… vous voyez ce que je veux dire ?… Ca en dit long sur ma capacité de jugement !!… J’en reviens toujours au même : l’Homme est prisonnier de lui-même et il court pour se libérer !!… J’arrête mes grands discours et j’en reviens à notre principal souci : notre possible amitié… je ne sais pas ce que vous en pensez, mais on serait très complémentaires tous les deux, non ?… Certes, je ne pourrai pas venir vous voir souvent puisque je bouge peu, mais vous, vous pourrez venir quand vous le souhaitez… mon salon est immense, je l’ai conçu immense pour que mes amis puissent venir y courir en paix quand ils le souhaitent, et des amis j’en ai plein, et parfois ils viennent tous courir en même temps… »
DILAPIDATIONS, nouvelles, La P’tite Hélène Editions.

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