Suspendu à tes lèvres, j’attends. J’attends que tu cesses de parler pour pouvoir réfléchir à tout ce que tu me dis. Rien qu’une seconde de silence ce serait bien pour y comprendre quelque chose. Tu embrouilles tout à force de paroles. Le cerveau d’un Homme doit être au moins aussi large que l’univers pour contenir pendant toute une vie toutes ces voix en continue sans cesse avec tout ce qu’elles transportent en souvenirs en idées en fantômes et tout ça. Je ne comprends même plus quand tu dis « c’est moi ». Je ne comprends pas non plus à qui tu t’adresses quand tu dis une chose pareille. Ce n’est pas rien de dire c’est moi. Ce n’est pas rien non plus de ne pas le dire. Il faut bien de temps en temps affirmer qu’on possède son intégrité. Il suffit de prendre son index, de le mettre sur son nez, et de dire c’est moi. Tu parles encore tout le temps, ça recommence, je n’arrive plus à penser sans tes mots. Quand tu parles de moi parfois j’ai l’impression d’être un trompe-l’œil. Tout ce que tu dis sur moi n’est pas vrai… et pourtant… il m’arrive de penser que c’est moi qui me trompe sur tout… tout ce qui m’arrive est tronqué par les mots ou au contraire amplifié… je ne sais plus… ce qui est sûr c’est que tout ça ne se taira jamais et que tu en es responsable… tu me rapporte tout… enfin… tout ce qui t’arrange… tout ce qui me dérange… quand tu viens comme ça en me parlant du monde entier d’un seul coup… quand tu racontes tout ce qui se passe partout depuis toujours aujourd’hui maintenant et demain aussi… tiens !… ce que je vais faire c’est t’écrire… t’écrire tout ce que tu racontes pour que tu vois un peu ce que ça donne… mais si tu parles tout le temps, je ne pourrai plus dormir ni manger ni marcher ni rien faire d’autre que d’écrire… je pourrai alors pointer l’index sur le papier et dire tranquillement c’est moi… et même pointer un autre que moi et dire c’est moi j’aurai raison aussi puisque ça parle aussi dans sa tête… moi, c’est tout un tas de mots habillés de nuit qu’on entend et qu’on répète depuis toujours, depuis le premier mot voire le premier cri… mais pourquoi en revenir toujours à moi ?!… tu pourrais me dicter des choses qui parle de tout sauf de ça… sauf de moi et de cette parole infinie… quand je serai assis, je t’écrirai quand même pour voir si ça sert à quelque chose… et quand je serai debout, j’enfoncerai mes écouteurs jusqu’aux tympans, je mettrai la musique au plus fort, et j’irai courir pour entendre comment ça marche le silence…

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13TREIZE

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